Cannibalimace

Quoi de plus répugnant qu’une limace ? J’ai peut-être la réponse pour vous, âmes sensibles s’abstenir : Une limace qui dévore une autre limace !

Si comme moi vous pensiez que ces bêtes-là n’étaient que des bouffeuses de salade, rarement bienvenues dans votre potager, avouez qu’il y a de quoi être surpris ! Il s’agit ici très probablement dArion rufus, la grande loche, en train de faire festin sur ce qui semble bien être une autre Arion rufus, un peu plus petite.

Alors pour couper court à toute tentative de minimiser le drame : non, ces deux limaces n’étaient pas en parade nuptiale ou en accouplement. D’abord, chez les limaces on ne fricote pas avec la bouche (avec leur langue spéciale et rapeuse – la radula –, il pourrait y avoir du dégat !). Bon. Et ensuite, j’en veux pour preuve cette photo prise quelques minutes après que la goulue limace ait décidé d’aller voir plus loin (je précise que ce choix était le sien et que je n’ai pas fait d’ingérence dans leurs rapports) :

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Comme son nom l’indiquait, cette lime-ass s’est faite raboter jusqu’au popotin ! L’œuvre de la terrible radula.

On voit très nettement une demi-limace. L’autre moitié se trouvant désormais dans la plus grosse, à se faire lentement digérer. C’est là un premier problème pour le biologiste : madame la limace, en tant qu’herbivore notoire, a-t-elle le matos nécessaire pour digérer de la viande animale ? Sans doute, manifestement ! En réalité, le problème se pose plus volontiers dans l’autre sens : c’est plutôt pour digérer les plantes qu’il faut un équipement de spécialiste: « dentition » adaptée et/ou enzymes digestives particulières, afin d’arriver à découper toutes ces fibres végétales qui composent les plantes, pour en extraire sucres, gras (pour l’énergie surtout, et la matière première) et protéines (pour la matière première surtout) ! A tel point qu’en fait beaucoup d’herbivores, dont les limaces, comptent pour cela sur les bactéries de leur tube digestif, qui en gros font le boulot à leur place en échange du gîte et du couvert. Dans la chair animale en revanche, pas de telles fibres, tout est déjà dans une forme plus ou moins assimilable par le premier venu! Même si les carnivores sont bien entendus plus efficaces à cela que les herbivores.

Deuxième problème : les limaces ne sont pas particulièrement réputées pour leurs prouesses au sprint. Comment diable peuvent-elles arriver à capturer d’autres animaux? Si vous regardez la scène du crime, vous conviendrez que l’hypothèse de l’embuscade ne tient pas! Alors certes, la proie ici est une autre limace, et malheureusement je n’étais pas là au début de l’histoire pour assister, le cas échéant, à la folle course-poursuite ventre-à-terre des gastéropodes. Mais une autre hypothèse s’impose : non contente d’être cannibale, notre limace est également très probablement une charognard (charognarde ? que les féministes m’excusent, je ne sais s’il faut décemment accorder charognard). En témoignent ces autres vidéos, où les auteurs nous affirment avoir constaté que les lombrics étaient morts avant l’arrivée de la limace.

Avouez que lorsque l’on parle de charognards, vous pensez plus facilement à la hyène qu’aux limaces… Et pourtant, même si la hyène est effectivement très bien adaptée pour digérer des cadavres en décomposition, c’est en chassant par elle-même ses proies bien vivantes, qu’elle obtient la majorité de sa nourriture. D’où son camouflage! Les hyènes tachetées chassent d’ailleurs en meutes très organisées. Comme quoi il ne faut pas prendre nos catégories habituelles trop au pied de la lettre.

Oubliez un instant s’il vous plait votre sens moral et vos bonnes mœurs : être charognard, c’est génial ! Tant que le cadavre n’a pas encore été réclamé par les bactéries et champignons décomposeurs toxiques (toxiques histoires de ne pas se faire déranger par des pique-assiettes, justement), ce n’est ni plus ni moins qu’une source inespérée de protéines et autres substances énergétiques, disponible sans plus d’effort ! Alors certes, c’est pour ma part la première fois que je le vois à l’œuvre chez un herbivore, mais chez les carnivores, en réalité, il y a extrêmement peu, si ce n’est pas, d’exemples d’espèces qui ne profiteraient pas, à l’occasion, d’une dépouille fraichement tombée. On parle de charognards facultatifs, ou opportunistes. Bien sûr, dès que la décomposition s’avance, il faut là encore avoir l’estomac bien accroché (à cause des microbes toxiques donc), et seules quelques espèces sont capables de profiter de la manne sans tomber malades. L’extrême étant le vautour, qui est le seul vertébré connu charognard au sens strict : pas de charogne, pas de vautour.

Bref, j’ai conscience de ne pas avoir plaidé la cause des limaces aujourd’hui…

2 Comments

Océane says:

Miammm!


Pauline Thomas says:

C’est tout bonnement dégoutant… je préfère rebondir sur les hyènes, qui d’ailleurs se font souvent dérober leur proies par les lions, plus fort, qui en profitent pour avoir moins à chasser. On est bien loin de Walt Disney !


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