Fleurs de sous-bois.

Anemone nemorosa

Le sous-bois d’une forêt en Avril couvert d’anémones des bois (Anemone Nemorosa) en blanc et ponctué de ficaires (Ficaria verna) en jaune.

Il y a deux moments de l’année pendant lesquels j’aime tout particulièrement me promener en forêt : à l’automne quand les arbres se parent de magnifiques couleurs (voir l’article « Couleurs d’automne ») et au début du printemps quand subitement de véritables tapis de fleurs recouvrent le sous-bois. Pendant quelques semaines seulement, entre Mars et Avril, alors que tout doucement les arbres libèrent leurs premières feuilles, comme sorties de nulle part une multitude de petites plantes fleurissent au même moment et disparaissent complètement, aussi vite qu’elles sont apparues. Je vous propose une petite promenade en forêt afin de découvrir qui elles sont et quelle est leur histoire !

Pour commencer, laissez-moi vous en présenter quelques unes!

anemone nemorosa et ranunculus ficaria

A gauche avec des feuilles en coeur et des fleurs jaunes il s’agit de la ficaire (Ficaria verna) et à droite avec des feuilles divisées et de délicates fleurs blanches de l’anémone des bois (Anemone nemorosa).

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Les jacinthes des bois (Hyacintoides non-scripta) sont parmis les petites plantes de sous-bois les plus délicates.

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Au printemps, l’ail des ours (Allium ursinum) peut recouvrir entièrement le sous-bois d’un parterre odorant. Pour les amateurs d’ail, ses feuilles peuvent êtres ajoutées à une salade ou faire un très bon pesto. Attention toutefois à ne pas les confondre avec les feuilles de muguet auquel elles ressemblent beaucoup et qui sont très toxiques !

Ces plantes de sous-bois qui fleurissent au début du printemps sont particulièrement discrètes le reste de l’année. Elles possèdent un cycle de vie bien particulier. Elles passent tranquillement la mauvaise saison sous terre sous forme de bulbe ou de tige souterraine et au moment où les conditions leur sont les plus favorables elles développent des feuilles pour se nourrir et des fleurs pour se reproduire. Les botanistes nomment fort à propos ce type de plantes des géophytes ou cryptophytes (de geo la terre et crypto caché, ainsi que phyte la plante).

Alors que nombre de petites plantes font leur apparition au printemps et fleurissent à la fin de cette saison et en été, les plantes de sous-bois elles sortent très vite de terre au tout début du printemps et disparaissent avant même le début de l’été. Pourquoi sont-elles si pressées ?

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Le sous-bois de la forêt de Marly à l’Ouest de Paris recouvert d’un parterre de Jacinthe des bois (Hyacinthoides non-scripta). Cette explosion de couleurs ne durera que quelques semaines malheureusement…

Si elles prennent si peu de temps pour s’épanouir c’est parce que la période qui leur est favorable est particulièrement courte ! Comme pour la plupart des plantes de nos régions l’hiver ne leur convient pas bien. Les risques de gelées sont importants et la quasi absence d’insectes pour prendre en charge leur pollen n’aide pas vraiment. Au début du printemps c’est le retour de la douceur et des pollinisateurs. C’est le début d’une course effrénée pour faire des feuilles et des fleurs. En effet il n’y a pas de moment plus propice car les arbres eux aussi se réveillent et assez vite ils étendent leur ramure et privent toutes les plantes du sous-bois de lumière directe. Or la lumière est la source d’énergie des plantes. Avant même la fin du printemps les plantes de sous-bois se retrouvent donc au pain sec et à l’eau.

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Les bourgeons des arbres en train de débourer, ici un hêtre, annoncent déjà la fin des beaux jours pour les plantes de sous-bois. D’ici quelques semaines elles seront à l’ombre…

Trop de froid et pas assez d’insectes l’hiver, plus assez de lumière à partir de la fin du printemps, il n’y a pas à dire la fenêtre de tir est étroite pour boucler à la fois son cycle végétatif et son cycle de reproduction (fabrication de feuilles, de fleurs, fécondation et fabrication des fruits). Pourtant au cours de leur évolution plusieurs espèces de plantes se sont adaptées à ces conditions. Les individus qui possédaient les cycles de vie les plus rapides étaient avantagés et ont par conséquent laissé plus de descendants que les autres: leurs lignées ont ainsi été sélectionnées par cet impératif de vitesse. Cela n’est pas sans rappeler les plantes d’alpage qui possèdent également un cycle vie très court à cause d’une saison favorable réduite (lire « Du temps qui passe en Montagne »).

Le cycle de vie des plantes de sous-bois est révélateur de la compétition intense que se livrent les végétaux pour la lumière. Alors que la morphologie arborescente regroupe des végétaux qui dans cette compétition partagent la stratégie d’aller chercher la lumière là où elle est, les plantes de sous-bois au contraire sont plus économes. Elles ne prennent pas la peine de s’élever de plus de quelques centimètres. Cependant en contre partie, elles concentrent leur cycle de vie sur une période très courte !

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