Le coureur du jusant

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Viiite!

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La journée démarre dès le lever du soleil

Avez-vous jamais remarqué sur le rivage, en ces temps où la plage est délaissée des vacanciers, les minuscules échassiers qui épousent de leur course le va et vient des vagues ? Parmi la multitude d’espèces de bécasseaux qui occupent notre littoral et dont les plumages sont si aisément confondus, le Sanderling, avec son manteau constellé de neige fondue, peut sans grande peine être identifié par son attachante habitude à cavaler sans discontinuer le long de l’estran, en bandes désorganisées.

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Tiens tiens tiens… Qu’est-ce qu’on a là?

Lorsque l’écume éclate et remonte la plage, les bécasseaux se carapatent en galopant, jusqu’à ce que vaincue, essoufflée, la vague abandonne la poursuite, entame sa retraite en laissant derrière elle des débris épars. Les sanderlings inversent alors leur course, les chassés deviennent chasseurs et accompagnent le reflux, s’amusent, comme pour narguer l’océan, à trottiner au plus près des flots. Une telle insolence de la part de si petits oiseaux, la mer ne peut retenir longtemps ses pulsions, et la vague déferle de plus belle, et les volatiles s’échappent à nouveau. Le jeu se poursuit ainsi: chassé-croisé, course-poursuite, tantôt chat bientôt souris, sans que l’on sache qui, du ressac ou du Sanderling, s’en lassera le premier.

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Et hop!

Quel motif pour ce ballet incessant ? Serait-ce que le petit limicole, comble du paradoxe, renâcle à tremper ses échasses? A la vérité la clé, comme souvent dans cette famille, est à rechercher du côté de la bectance. C’est que l’infatigable coureur de jusant aime à goûter les fruits de mer que l’océan fait éclore le temps d’une marée. Il lui faut se hâter de collecter sa pitance, avant que les coquilles ne se referment, avant que les vers ne s’enterrent trop profondément. Il lui faut suivre la mer au plus près, et vous le verrez même volontiers les guiboles à la flotte lorsque les eaux se rétractent sagement. Mais quand la vague monte, trop forte, opaque d’écume, quel inconscient resterait sans broncher, heurté voire fauché par une lame dont il n’y a rien à tirer, en dehors d’un plumage détrempé ?

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Même pas besoin de couteau à huitre pour ouvrir les coquilles

Si d’aventure l’océan se fait avare de friandises, le sanderling saura se rabattre sur la laisse, pour se contenter si nécessaire des puces, scarabées et mouches qui s’y repaissent. Ce qui ne lui fera pas abandonner son pas de course. Après tout, rien de tel que le jogging sur la plage pour garder la ligne. Et si ses cousins, le gros Maubèche ou le versatile Variable, beaucoup moins souvent observés à cette activité, n’était tout simplement pas adaptés à une telle débauche d’énergie ? Tourne-pierre et Violet pour leur part, privilégient la rocaille. Seul le frénétique Minute, minuscule mais insatiable, surclasse notre Sanderling en intensité d’activité. Mais même lui n’est pas aussi bon au marathon. Certes Minute picore à toute allure, inlassablement. Toujours est-il que face à son cousin il lui manque un atout essentiel : Sanderling, au mépris de la tradition familiale des bécasseaux, a délaissé son doigt postérieur, et peut ainsi piquer un sprint dès sa proie détectée. Taillé pour la course ! Il est en fait si bon sur l’estran, dominant ses concurrents d’une bonne foulée, qu’il ne daigne que rarement s’aventurer loin de la côte : cédant le continent à ses cousins, il règne en maître sur sa ligne de marée.

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Le royaume hivernal du sanderling, entre l’océan et la dune

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De septembre à Juin, le sanderling vous attend de pied ferme sur tout le littoral atlantique!

1 Comment So Far

Francine Collet says:

Superbes images j’aime ces vacanciers d’automne, moins bruillants que ceux d’été et beaucoup moins polluants


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