Soupe de corvidés

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Un choucas et sa nuque grisâtre nichant dans un vieux mur d’église.

Notre crédo au Saule, c’est de donner à voir tout ces petits détails que l’on ne sait pas voir au premier abord, et qui contiennent en fait toute l’histoire. Et quitte à discuter de piafs, j’aimerais vous aider à lire une belle famille raconteuse d’histoires, même si elle ne paie pas de mine: les corvidés. Ils sont partout, corbeaux, corneilles, choucas, chocards… Pourtant pour beaucoup d’entre eux ils sont noirs et plutôt difficiles en apparence à identifier. Fondamentalement, quelle différence entre un truc noir et un autre truc noir avec quelques bouts de gris sombre ? En fait, plein de choses. Et ce n’est pas une formule rhétorique. Ce sont ces petits détails qui nous renseignent. Il n’est pas anodin de voir un afflux de corbeaux en ville, et les choucas ne choisissent pas non plus leurs cheminées pour nicher au hasard. Ce n’est qu’avec ces petits détails d’identification que vont se révéler toutes les subtilités du lien entre développement des foyers humains et des maisons aviaires.

Des choucas tournoient autour d’un clocher d’église, un signe presque distinctif !

Prenons d’abord les corvidés qui aiment les falaises. Quoi de mieux que la façade d’un vieux bâtiment ? Il y a des cavités bien confortables, la proximité des humains peut éventuellement fournir la pitance, et pour peu que messieurs les faucons ne soient pas de la partie on est relativement abrité des prédateurs. Les choucas ont bien compris la chose : tout est dans le nom “officiel”, le Choucas des Tours. Il s’agit probablement du corvidé qui s’est le mieux habitué aux bâtiments des villes. Regardez-les tourner autour d’une église, fouiner dans les cheminées, déambuler sur les terrasses à la recherche de frites servies avec un petit ver…

 

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Un Crave au gros bec rouge, de l’autre côté du mur du Choucas de la première image !

Ce n’est évidemment pas le seul à apprécier les façades : le crave (nom officiel : crave à bec rouge) ne dit pas non à une bonne cavité dans un vieux mur d’église. Un peu plus tatillon par contre, on le verra moins dans les zones fortement urbanisées. Il préfère plutôt les côtes rocheuses ou la montagne, à proximité des falaises de son habitat habituel. Le chocard (à bec jaune), son coloc de page dans les guides, est un peu pareil. Il est inféodé aux zones d’altitude, et on peut tout à fait le croiser dans les villes à la recherche de nourriture, ou occasionnellement en train de faire un nid sous un toit. Par contre, pas question de descendre en plaine : la montagne reste son domaine.

 

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Un chocard près d’une falaise dans le Vercors. Apprenez à ne pas voir : même de loin, on peut remarquer l’absence d’un grand bec long comme chez le Crave !

Pour ces deux là la ville est une sorte de complément : pourquoi pas en profiter de temps en temps pour trouver un bon nid ou une bonne source de nourriture, mais sans rester loin de son habitat favori. Certains corvidés n’ont ainsi clairement pas plongé les deux pattes en avant dans les zones urbaines. Pourquoi ? Quel élément dans la biologie de ces deux espèces fait qu’elles ne s’accommodent pas entièrement de l’anthropisation ? Difficile à dire tant les raisons peuvent être nombreuses. Non pas que ce soit impossible, mais il n’y a pas de règle générale et c’est parfois une histoire complexe à démêler. C’est un des boulots – vitaux – de l’écologie scientifique. En attendant, une personne avisée (vous maintenant !) ne manquera pas de se poser des sérieuses questions si jamais elle croise un chocard en plein Paris !

 

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Une autre amateur de montagnes et de falaises côtières : le grand corbeau, et sa longue queue à forme caractéristique (« cunéiforme »).

On pourrait raconter une histoire très similaire avec les grands arbres. Pourquoi les grands arbres ? Pour les corbeaux freux et corneilles. Les deux profitent de leurs longues branches élancées pour porter leurs nuits et leurs nids loin des dangers du sol. Ces deux là sont très friands des espaces urbanisés, mais il ne faut pas croire qu’ils ont une histoire moins tumultueuse.

A l’orée du XXème siècle, à Paris, les corbeaux freux nichaient ici et ailleurs, notamment dans la cour de l’Élysée [1]. Les destructions des colonies dans Paris ont eu raison d’eux autour des années soixante. Résultat pour un gamin des années 90 comme moi, il s’agit plutôt d’un oiseau que l’on voit en troupes picorantes dans les champs des campagnes françaises, mais il ne faut pas en faire une généralité! Les freux peuvent être bien plus citadins quand les grands arbres font défaut à la campagne. Lors de la tempête de 1999 par exemple, beaucoup d’entre eux se sont déplacés en milieu urbain. De plus ce qui est vrai aujourd’hui en France ne l’est pas forcément ailleurs. A Dublin, les corbeaux freux s’adaptent royalement à la ville et n’hésitent pas à redemander une petite frite aux passants ou tournoyer autour d’une poubelle un peu débordée. Chez les piafs aussi, il semblerait que les coutumes varient de génération en génération et de pays en pays !

Que dira le guide dans vingt ans, oiseau des villes ou oiseau des champs ?

 

Deux corbeaux freux sur un toit de voiture.

Quittons les villes un instant pour un laboratoire scientifique. Quelque part dans le monde [2], on met une petit gommette sous le bec d’un corvidé, une pie cette fois, et on lui présente un miroir. Après un petit temps d’inspection et de nombreuses gesticulations, celle-ci parvient à enlever la gommette. Conclusion, les pies sont capables de se reconnaitre et d’avoir conscience d’elles mêmes. Mais l’expérience renseigne autant sur la pie que sur nous-même : d’un coup, il ne s’agit plus d’une capacité propre aux humains comme certains l’ont pensé jadis !

De la même façon mais à l’échelle écologique, les allers et retours des ces oiseaux dans le milieu urbain nous renseignent autant sur leurs habitudes que sur les nôtres. Et en particulier, ils en disent longs sur la tolérance et l’ouverture de nos sociétés à ces espèces avec qui, bon gré mal gré, nous partageons le territoire.

 

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Pour être armé pour l’observation, une petite aide de détermination pour les corvidés noirs et gris : c’est pas si compliqué !

 

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Et en bonus : un petit quiz corvidé ! Sauriez-vous retrouver qui sont sur les photos ? Réponses ici.


[1] Les Oiseaux d’Ile de France, nidification, migration, hivernage. (2013) Pierre Le Maréchal, David Laloi, Guilhem Lesaffre.

[2] Source

3 Comments

Loy says:

Super article ! J’ai toujours été attirée envers les « corbeaux » au sens large du terme, mais le fait de ne pas distinguer les espèces représente une certaine frustration. Là, j’y vois plus clair. J’aime beaucoup la clé d’identification 🙂 Attention, le lien vers les réponses des quizz n’est pas viable.


Alex says:

Ah, content que ça vous ait plu !

J’ai corrigé le lien vers les réponses du quiz, merci de l’avoir remarqué !


Océane says:

A Stockholm, il y a énormément de corneilles mantelées, alors que je n’ai pas le souvenir d’en avoir déjà vu à Lyon. Bon en même temps je ne cherche pas à en voir… ^^
En tout cas merci elle est chouette cette petite clé 😉


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