Un froid de canard !

Attention. Il ne sera pas ici question de magret, de dinde farcie ou autre plat de réveillon. Merci de votre compréhension.

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Le mâle du canard souchet, à ne pas confondre avec son cousin le colvert

« Il fait un froid de canard ! »

L’affirmation a de quoi surprendre : certes oui, le mercure dégringole, les parkas sont de sortie, bref, l’hiver est là ; mais quel rapport cela peut-il bien avoir avec les canards ?

Y aurait-il un lien avec la chair de poule ? Ce n’est pas la même lignée d’oiseau, menfin il y a comme un lien de parenté exclusif entre nos amis galliformes et les ansériformes : canards, oies et autres cygnes, qui aurait pu conduire à cet amalgame, peut-être? Peu convaincant, me direz-vous…

Ou alors serait-ce que les canards apprécient particulièrement le froid, que ce climat leur convient? A bien les regarder, là, en paquets sur les lacs et les étangs d’hiver, on ne peut pas vraiment dire qu’ils débordent d’activité : et que je te flotte par-ci, et que je te dérive par là… De temps en temps, ils basculent, disparaissant sous la surface, à demi (canards de surface, tel le colvert ou le souchet) ou entièrement (canards plongeurs, aux noms plus obscurs : fuligules milouins et morillons, macreuses, harles, et j’en passe), histoire de ramener quelque nourriture.

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Mâle de sarcelle… d’hiver, et oui!

D’ailleurs soit-dit en passant, la façon dont les canards trouvent leur nourriture est assez remarquable. Tous n’ont pas le même régime, et il serait trop long de rentrer dans les détails ici. Mais imaginez-vous, la tête renversée sous l’eau boueuse, turbide, retenant votre respiration le temps de trouver votre pitance. Vous n’y voyez que très peu, vous avez faim, il faut faire vite, mais en même temps éviter d’avaler les plantes ou organismes que vous ne digérerez pas, sans parler de la caillasse ou de la vase ! Bref, si ils peuvent aussi s’aider de l’odorat et du goût, le bec des canards est avant tout un puissant outil tactile. Comme vous qui êtes capables les yeux fermés, en effleurant une surface avec vos doigts, de ressentir la douceur, les aspérités, ou la température d’un objet; le bec des canards est équipé de multiples senseurs qui l’aident à trier machinalement ce qu’il a sous le bec. A vrai dire, c’est le cas de beaucoup d’autres oiseaux, comme par exemple les limicoles qui fouillent la vase à tâtons, mais c’est chez les canards que les savants du XIXe siècle l’ont compris en premier. Ils n’ont pas un bec inerte fait simplement de la même bête kératine que vos ongles et cheveux, non, ils disposent d’un organe sensible fort utile. Mais bref, on s’égare…

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Mâle et femelles de fuligules morillons, en pleine brume hivernale

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Pour trouver sa nourriture, non seulement il faut être motivé pour plonger sous l’eau par ces températures, mais vu la visibilité, mieux vaut être équipé!

A force de contempler ces canards, on en oublie qu’il n’y en a pas autant toute l’année, tant en quantité qu’en diversité de formes et de plumage. C’est bien là l’origine de l’adage. La sagesse populaire remarqua fort à propos que les effectifs des canards gonflent en hiver, et encore plus fortement au moment des vagues de froid. C’est là une réponse classique des oiseaux mobiles aux conditions hivernales peu clémentes : la migration vers le Sud, où les ressources sont encore accessibles. Plus que le froid, c’est le manque d’accès à la nourriture qui motive souvent ces déplacements, modifiant ainsi les occupants de nos étangs, ou bien encore les paysages sonores de montagne.

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Diversité, qu’on vous dit! Bon, ok, à moins d’aller se balader dans les parcs de Londres cet hiver, vous ne les verrez sans doute pas tous d’aussi près… Mais ces espèces peuvent se rencontrer chez nous, avec plus ou moins de chances: nettes rousses au premier plan (mâles et femelles), pilets et colverts dans le fond, et le magnifique harle piette mâle, qu’on ne voit qu’aux grands froids!

Si le cœur vous en dit cet hiver, entre deux lectures au coin du feu, allez faire un tour pour tenter d’apercevoir ces visiteurs nordiques, qui n’apprécient pas nécessairement le froid de canard, mais sont bien forcés de composer avec !

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En attendant des jours meilleurs…

Et puisque cette saison est également propice à la lecture, j’en profite pour recommander aux curieux des oiseaux ou du comportement animal en général, un bouquin fascinant, très agréable à lire, riche en anecdote mais rigoureusement documenté, écrit par un ornithologue anglais de renom (tout à la fois amateur et professionnel) mais traduit en Français : L’Oiseau et ses sens, de Tim Birkhead.

Sur ce, très bonne année, espérons la riche en découvertes!

1 Comment So Far

Julie says:

Il est trop bien cet article! C’est une super bonne idée de partir des dictons pour en donner une explication scientifique!^^


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