Une maison de carton

Comme dans une célèbre chanson, cette maison est en carton, mais les escaliers n’y sont pas en papier. Peut-être parce qu’il n’y a pas d’escaliers… Les avez-vous déjà croisés ?
Les bâtisseurs de cette maison ne sont pas de petits hommes mais de gros hyménoptères, les frelons européens.

 

Sortie

Côté sud, l’entrée officielle…

Une fenêtre condamnée, quoi de mieux pour s’installer à l’abri des intempéries ? Une colonie de frelons a bien saisi cette aubaine et s’est invitée derrières ces volets clos, à l’abri des regards indiscrets. Cela donne forcément envie d’y faire une petite visite… mais même en frappant poliment à leur porte d’entrée, pas sûr que ces susceptibles hyménoptères nous laissent entrer. Il faudra trouver une autre voie pour satisfaire notre curiosité !

Ça tombe bien : de l’autre côté du volet se trouve une fenêtre. Quoi de mieux pour s’inviter discrètement dans la vie privée de ces nouveaux voisins ?

... et bien gardée !

… et bien gardée !

Vue ensemble 1

Jetons plutôt un œil par l’autre côté… !

Jetons plutôt un oeil par l'autre côté... !

La famille frelon est nombreuse, et l’organisation de l’espace bien pensée. Ici, pas de longs couloirs ou d’angles inutilisés, et chaque nouveau venu a une chambre. Parfaitement hexagonales, les alvéoles s’emboîtent les unes avec les autres par étages suspendus et superposés. Lorsque l’étage le plus bas remplit la largeur du nid, un nouveau est rajouté en-dessous, suspendu deux à trois centimètres sous ce dernier étage par un axe central. Mère de tout ce petit monde, la reine vit en haut, mais descend tout de même dans les étages pour remplir ses fonctions et pondre dans les alvéoles vides.

Ne pas déranger, métamorphose en cours... au dessus des petites dernières de la famille

Ne pas déranger, métamorphoses en cours… au-dessus des petites dernières de la famille à l’étage en-dessous

A chaque étage, les alvéoles de bordure sont les plus récentes et souvent les moins profondes : elles accueillent les dernières-nées, et seront allongées en même temps que la larve grandit. Juste avant sa nymphose, leur jeune hôte se tisse un opercule de soie blanche, qu’elle déchirera lors de son émergence en tant qu’adulte. Sur un même étage se côtoient donc, tête en bas, des larves d’âges échelonnés : celles du centre peuvent être en nymphose quand les alvéoles de la bordure peuvent ne contenir qu’un œuf.

Allez, on agrandit la chambre ! Et au bout du pédoncule, un nouvel étage se prépare.

Allez, on agrandit la chambre ! Et au bout du pédoncule, un nouvel étage se prépare.

Quand le nid s’agrandit, les étages du couvain poussent donc vers le bas, et tout autour d’eux les parois du nid suivent le rythme, parfois sur plusieurs épaisseurs. Si l’on s’approche de ces parois, on distingue un camaïeu de bruns et de marrons, petites bandes horizontales qui se superposent et s’entrecroisent. Ces petites bandes sont autant d’apports successifs des ouvrières qui prélèvent et mâchent du bois mort ou pourrissant dans les environs, voire parfois l’écorce de branches bien vivantes. Mélangé avec leur salive, ce bois forme une pâte qu’elles disposent et façonnent pour agrandir les parois du nid ou des alvéoles, ou encore construire le pédoncule qui soutiendra un nouvel étage. Leur maison est bien en carton !

Il est pas beau ce papier peint ?

Il est pas beau ce papier peint ?

Construire de nouvelles alvéoles, agrandir les parois extérieures du nid, approvisionner leur reine, sans oublier de nourrir les larves qui rappellent leur existence et leur faim en grattant les parois de leurs alvéoles : les ouvrières n’ont pas le temps de s’ennuyer ! Théâtre de cette activité permanente et frénétique qui dure jusqu’à la fin de l’été, un nid de frelons peut abriter jusque 400 à 700 individus en fin de saison.

 

Leur art est pourtant éphémère : au milieu de l’automne, le nid se dépeuple. La reine arrive au bout de son année de vie, la population n’est plus renouvelée et les dernières ouvrières meurent vers novembre. Hors de leur nid d’origine, les jeunes reines fécondées sont les seules à passer l’hiver, leur activité réduite au minimum jusqu’au printemps.

Ne reste plus alors que la maison —ou plutôt le palais !— de carton, chef d’œuvre de toute une saison de travail de centaines d’ouvrières, abandonné aux quatre vents et condamné à se déliter peu à peu —s’il n’est pas protégé par un volet bien fermé ! Quand le printemps reviendra, les jeunes reines ayant survécu à l’hiver en commenceront un nouveau, qui se peuplera bientôt des premières ouvrières de leurs essaims naissants.

 …merci Rachid pour les photos !

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